À PROPOS

© Sandrine Expilly

Il y a chez lui un côté sans filtre affirmé, une empathie permanente, une façon quasi- gourmande d’embrasser le présent qui chante. Traits caractéristiques propres à ce qu’on appelle les bonnes natures. Le patronyme, accueillant par définition, ne trahit donc pas ce sentiment de bienveillance. Bienvenu, comme une étreinte franche et immédiatement hospitalière. Bienvenu, comme une déclaration spontanée d’un garçon bien décidé à jouir librement de lui-même. Bienvenu, comme une invitation généreuse à le suivre dans ses élans créatifs. Son état civil déclare qu’il s’agit là de son deuxième prénom (c’est aussi le nom de famille de son arrière grand-mère). Dans son ventre, la maman avait l’intime conviction que ce second fils deviendrait artiste. Elle avait déjà anticipé cette identité scénique. Bonne pioche. De toute façon, on le sait, les mères sentent ces choses-là. Et puis la voie est ouverte par le père, trompettiste de jazz amateur.
Assez naturellement, l’apprentissage musical du jeune Antoine passe par le piano classique. Un enseignement trop cadré à son goût pour qu’il n’envoie pas tout valser à l’adolescence. Le curseur se déplace alors sur l’image et un désir réel d’explorer les métiers du 7 e art. Passer derrière la caméra, c’est son nouveau dessein. Le Bac fraîchement en poche, le voilà suppliant le frangin – qui s’apprête à monter à la capitale – de l’emmener dans ses valises. Il n’a qu’une idée en tête, celle de quitter Ramatuelle pour intégrer le Conservatoire de cinéma. Il se rend compte là-bas de son appétence pour la comédie. Change de braquet pour se construire et muscler son jeu. Intègre la
classe libre du Cours Florent.
Et trouve sa place dans une compagnie ambulante qui, à la manière des Monty Python, joue du décalage et de l’absurde dans sa manière de détourner des classiques du répertoire. Plus tard, un rôle de prêtre dont un hétéro tombe amoureux dans la série QI avec Alysson Paradis. Aussi une place dans la distribution de luxe de l’adaptation par Christophe Honoré de la pièce Angelo, tyran de Padou, présentée dans le IN du festival d’Avignon. Survient au cours de cette pièce une chanson originale d’Alex Beaupain qu’Antoine interprète en la délicieuse compagnie d’Emmanuelle Devos et Anaïs Demoustier. Loin certainement de s’imaginer, à cette époque, que le même Beaupain lui offrirait dans un futur un texte ainsi que le luxe de s’assurer sa première partie au Bataclan.
Rien, en apparence, ne prédestinait Antoine Bienvenu à s’épanouir sur le terreau electro-pop. Il vénère Véronique Sanson, Barbara et Françoise Hardy. Fascination assumée pour les voix féminines et amour réel pour les textes à la sensibilité exacerbée. Ça ne l’empêche pas pourtant d’ouvrir grandes ses oreilles quand débarque un nouveau Émilie Simon, Peter Peter ou Metronomy. N’est-ce pas une solide qualité que de se moquer des étiquettes et des castes ? A la fois personnel et fédérateur, introspectif et universel, cet EP envoie des ondes de plaisirs subtiles et accrocheuses.
Derrière les techniques de strate et de largeur de son, la délicatesse des compositions et des mots, dans lesquels la mélancolie et les sentiments n’avancent pas masqués, prend le dessus sur la démonstration et la robotique implacable. Ces morceaux-là, Antoine
Bienvenu, épaulé par l’électroacousticien Matthieu Gagelin, les a nichées dans une enveloppe moderne, toujours catchy mais jamais tapageuse. Elles sont habitées avec volupté et ferveur par les beats organiques du décidément fringant MaJiKer. Elles sont incarnées par une humanité fragile et un chant de baryton-basse sans frime et se glissant parfois sur les couvertures du talk-over.
Ici, une chanson intime et de résilience, écho d’une chute accidentelle qui lui a brisée les deux talons et laissée des séquelles (Les pieds sur terre). Là, une autre, dopée par la mélodie farouche de la Grande Sophie et qui invite à ne pas courber l’échine devant l’obscurantisme ambiant (La nuit et le jour). Il est aussi question d’un monde flottant où l’amour reste la béquille salvatrice (Ton envie), de fuite en avant au regard d’une insupportable absence sur un texte d’un Alex Beaupain obéissant à ses obsessions et une composition hypnotique de Loane (Pareil Pareil) . Enfin, le visionnage marquant d’un documentaire a inspiré à Antoine Bienvenu un hommage aux gardes-côtes italiens qui font preuve d’une totale abnégation pour sauver la vie des réfugiés (Mare Sicuro).
Sur scène, sa version décomplexée et sautillante de Faut qu’j’travaille, scie tubesque de Princesse Erika, ne cesse elle de rebondir sur les neurones. A l’écoute de cet EP, on se dit que lui ne se l’est pas coulé douce. Il a su et voulu prendre son destin en main.
L’éclat probant des nouveaux départs.